CERCLE PHILATELIQUE FRANCE RUSSIE
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1- l’empire


Nous avons tous commencé par collectionner les timbres comme des images, indépendamment de l’histoire. Si le timbre « dit » beaucoup par lui-même, le contexte de son émission lui en fait « dire » plus. La démarche qui suit, est justement de raconter le timbre russe et soviétique dans son contexte historique. L’oubli de commémoration est tout aussi signifiant que l’émission rituelle de timbre. Les Etats-nations sont une réalité historique, certes aujourd’hui en question, mais ne sont-ils pas « matière » à collections ?

L’EMPIRE RUSSE

LA POSTE RUSSE AVANT LE TIMBRE

Près de cent ans séparent la première marque postale – 1760 – connue et l’émission du premier timbre russe – 1858. Catherine II, commence par uniformiser les tarifs payables à la distance : 2 Kopecks par section de cent vestes [14 novembre 1783 ].
En 1812, l’armée de Napoléon 1er pendant son périple européen et russe, appose des marques « Grande armée » sur le courrier des soldats.
Les choix faits à une époque peuvent s’imposer à l’avenir. Les bureaux de Poste de Saint-Pétersbourg – capitale alors de l’Empire russe – et de Moscou mettent à la disposition des usagers, des enveloppes pré-affranchies au tarif intérieur à la ville [1er décembre 1845 ]. L’initiative est généralisée à l’ensemble du pays [1er décembre 1848]. Ne faut-il pas trouver là, l’habitude des Russes à écrire à l’aide des entiers postaux ?
Par la convention des Détroits [15 juillet 1841], les Britanniques ont fait ôter le privilège exclusif de la marine de guerre russe au passage des Dardanelles et du Bosphore, obtenu des Turcs par le traité d’Unkiar-Skelessi. La Russie déclare la guerre à un Empire ottoman soutenu par les Britanniques et les Français [1er novembre 1853]. Alexandre II succède à Nicolas Ier [18 février 1855]. Le général Mac Mahon entre dans Sébastopol [8 septembre]. Face à une coalition européenne, la Russie est défaite en Crimée faute d’un réseau de chemin de fer suffisant – 980 verstes – et de routes praticables en toute saison. Par le traité de Paris [30 mars 1856] la Russie a interdiction de déployer d’une flotte de guerre en Mer Noire, droit qu’elle ne retrouvera qu’en en 1870. Qu’à cela ne tienne, Elle fonde en 1857, la R.O.P.iT. , compagnie privée pour le maintien de la présence commerciale russe en Mer Noire et en Méditerranée orientale autrement dit au Levant.
Autant, par pragmatisme que par volonté, Alexandre II fait souffler un vent de réformes en Russie. Le Grand duché de Finlande, alors russe, émet son premier timbre à utilisation limitée à son territoire [3 mars 1856].

LE PREMIER TIMBRE RUSSE

Le timbre marque un changement dans le mode paiement du service. Il n’est plus fixé par la distance parcourue mais au poids de la lettre. Pour la Russie, la Poste devient autant un outil du développement que le témoin des réformes. Depuis neuf ans déjà les Russes utilisent des entiers postaux quand le 1er janvier 1858, le premier timbre russe est mis en service. Le retard dans l’acheminement des machines autrichiennes à denteler fait qu’il est non-dentelé. En fait, les trois premiers timbres dentelés seront mis en vente dix jours plus tard à Moscou et Saint-Pétersbourg. Ils ont été préparés par la maison Gottlieb et Fils de Prague, validés par Alexandre II et réalisés par le graveur de l’Imprimerie d’Etat , Franz Kepler. Ils représentent au centre les Armoiries de la Poste impériale (deux cors de poste entrecroisés surmontés de l’aigle bicéphale) en blanc et en relief dans un ovale de couleur, dans le manteau impérial couronné, la valeur est en blanc aux quatre angles du timbre. La mention « ПОЧОВАЯ МАРКА 10 КОП : ЗА ЛОТЬ. » entoure l’ovale. Valeur et nombre de lot soulignent aussi en arc le manteau impérial.
Si la Russie apparaît en retard pour l’utilisation du timbre, la prouesse technique est de qualité : une impression en deux couleurs, un gaufrage et une fabrication si soignée qu’elle ne présente pas de variétés significatives. Il va en être ainsi jusqu’à la Première guerre mondiale. Les Armoiries de la Poste en reste le motif. Mais cette qualité d’impression permet la réutilisation des timbres après le lavage de l’annulation à la plume ou de l’encre d’oblitération. Qu’à cela ne tienne, les émissions de 1864 à 1875 sont imprimées sur un papier recouvert d’un enduit soluble à l’eau. Attention ces timbres perdent leur impression dans l’eau. Ils se collectionnent plutôt sur lettre. En décembre 1883 paraissent des timbres de 3,50 et 7 Roubles. Quand la Poste fusionne avec le service du télégramme [juin 1884], un entrelacs de foudre est superposé aux cors à partir de l’émission de mai 1889.

LES CONSEQUENCES POSTALES DES REFORMES

La collection des timbres russes semblerait monotone sans les conséquences postales des réformes d’Alexandre II. La reconnaissance de certaines composantes nationales de l’Empire conduit à l’émission du premier timbre polonais à utilisation à partir de la Pologne pour l’affranchissement du courrier à destination de l’Empire [1er janvier 1860]. Ce timbre bleu et rose, de 10 Kopecks est semblable au modèle de Franz Kepler, mais le texte y est en caractères latins. La réaction d’une partie de l’aristocratie russe et le soulèvement polonais de 1863-64 mettent fin à cette ouverture. Le deuxième timbre polonais paraîtra cinquante huit ans plus tard. L’introduction en 1860, du Markka et sa centésimal le Penni dans le Grand duché de Finlande a pour conséquence l’émission des timbres dans la monnaie locale.

Mais la grande réforme d’Alexandre II reste la publication du Manifeste du 19 février 1861 abolissant le servage. Cette réforme n’entraîne pas de conséquences postales directes, le lien s’établit quelques années plus tard par la représentation des paysans dans le Zemstvos [1er janvier 1864]. Ils ont entre autre, le pouvoir d’organiser le service postal sur leur territoire en prolongement de la Poste impériale. La moitié des Zemstvos ont émis des timbres. Ce sont plus de trois mille timbres et entiers postaux émis en plus de cinquante ans. Entre 1865, date de la mise en vente du premier timbre par le Zemstvo du district de Schlusselbourg dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg et leur disparition en 1919.

L’expansion russe se poursuit. Huit ans après sa création, la compagnie « R.O.P.iT. » émet un premier timbre à 6 Kopecks, destiné à l’affranchissement des journaux. Ce timbre se trouve rarement oblitéré car il doit être collé pour moitié sur la bande et le journal. De fait, il est coupé en deux par l’abonné. Les timbres russes peuvent être aussi utilisés pour l’affranchissement des plis dans ces bureaux.
En Asie centrale les Russes se heurtent à l’Empire britanniques des Indes. L’Afghanistan doit en partie son indépendance au rôle tampon qu’il joue entre les empires. En Extrême-orient, la compétition se fait avec le Japon au détriment de la Chine.
Suite aux conquêtes en Asie centrale et en Extrême-orient des villes sont fondées. D’autres connaissent un nouvel essor. Des routes, des liaisons ferroviaires, fluviales et maritimes sont ouvertes, des bureaux de Poste installés. L’Empire russe s’étire sur trois continents, quand la Russie vend aux Etats-Unis l’Alaska [18 mars 1867]. Aucune marque postale russe de cette région n’est connue.
A la suite de la guerre de 1877-78 contre l’Empire ottoman, la Bessarabie et au Sud-ouest du Caucase, les régions de Kars et Batoum sont conquises par les Russes.

LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME

Le Tsar libérateur, en référence à l’abolition du servage, est assassiné [1er mars 1881]. Les réformes déjà ralenties par les réactions de tous bords, laissent place à des contre-réformes qui heurtent le développement économique de la Russie. Au nom de la lutte contre le terrorisme, la censure se renforce. Les marques – ДЦ – apparaissent sur le courrier venant de l’étranger. Le Russe est imposé dans les écoles polonais, arméniennes, baltes... Les timbres finlandais perdent leur pouvoir d’affranchissement en dehors du Grand duché. Le pouvoir ferme les yeux sur les pogroms organisés dans le sud de la Russie. Un contrôle tatillon s’instaure sur le travail des Zemstvos. La représentation des bourgeoisies commerçante, industrielle et paysanne naissantes y est amoindrie au profit de la noblesse. Les timbres en Rouble collés sur les talons de mandat, conservés dans les bureaux, sont troués pour lutter contre la réutilisation des timbres.
Tout à sa tâche du développement économique, sans préoccupation de redistribution des richesses, le pouvoir confit aux institutions caritatives ses carences en matière sociale. La famille impériale montre l’exemple en alimentant les fonds des organisations. Des institutions bénéficient de la franchise postale en apposant des étiquettes sur le courrier. La Croix rouge a pouvoir, au plan local d’émettre des enveloppes à franchise postale.

L’ALLIANCE FRANCO-RUSSE

Mais la grande affaire en cette fin du XIXème siècle et début du XXème reste l’alliance Franco-Russe. La monarchie la plus absolue d’Europe s’allie contre les Empires allemand et austro-hongrois à la seule République du continent, exception faite de la Suisse. Les visites du Président français à Saint-Pétersbourg et celle du Tsar à Paris, de la flotte russe dans les ports français ou de la flotte française dans les ports russes, font l’objet de cartes postales et de souvenirs commémoratifs.

LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Déjà présente au Levant, la Russie installe des bureaux de poste au Sin-Kiang, en Mongolie et en Chine. Pour l’occasion la Poste russe surcharge des timbres de la mention КИТАЙ [1899]. Le transsibérien atteint en quinze jours Vladivostok sans que le contournement du lac Baïkal ne soit réalisé [1902 ]. L’été, des Ferries font traverser les trains. L’hiver, des rails sont posés sur la glace. L’obtention d’une concession pour la construction d’une ligne de chemin de fer traversant la Mandchourie, raccourcit encore le trajet entre Irkoutsk et Vladivostok. L’embranchement qui désert la garnison russe de Port-Arthur, est un obstacle à l’expansion japonaise.
En 1903, la normalisation des cachets oblitérants est promulguée. Elle mettra une dizaine d’années pour s’imposer dans tous les bureaux. La mesure est rendue nécessaire face à l’imagination des maîtres de poste qui concevaient leurs cachets. Des oblitérations « tueuses » de timbre sont inventées. Elles perforent le timbre. Leur but est encore de lutter contre la réutilisation des timbres.
Le Japon attaque la garnison russe de Port-Arthur sans déclaration de guerre [26 février 1904]. La flotte de la Baltique traverse l’Atlantique du nord au sud, contourne l’Afrique, traverse l’Océan Indien d’Ouest en Est et remonte le Pacifique au secours des russes. Mal commandée, elle est en partie coulée à Tsouchima [15 mai 1905]. Les Russes abandonnent la Mandchourie. Mais cette guerre a vu la mise en place d’une poste de campagne en franchise pour la troupe avec l’oblitération « ПОЛЕВАЯ ». Les quatre premiers timbres à surtaxe émis au monde marque la défaite. Il s’agit pour le pouvoir de collecter trois Kopecks par timbre pour les orphelins de guerre. Ils en appellent au patriotisme russe par la représentation des monuments de l’amiral Kornilov à Sébastopol, de Mimine et Pojarski à Moscou, de Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg et de la vue du Kremlin.

LA REVOLUTION DE 1905

Une foule venue des faubourgs de Saint-Pétersbourg porte des doléances à son Tsar [dimanche 22 janvier 1905]. Alors qu’elle approche du Palais d’hiver, les cosaques chargent et font de nombreuses victimes. L’aura du Tsar en est entachée. Les révoltes et les grèves s’étendent à tout le pays. L’équipage du Cuirassé Potemkine se mutine à Odessa [juin]. Dans les campagnes les paysans s’attaquent aux biens nobiliaires, agressent des hobereaux. Le Tsar concède la création d’une Douma [novembre]. Mais Nicolas II s’ingéniera à en entraver le fonctionnement. La peur de la « canaille » a gagné l’intelligentsia. Les dons aux organisations caritatives diminuent tandis que les condamnations à mort et aux bagnes sibériens se multiplient. Le Premier ministre Stolypine veut fonder une paysannerie riche. Il accorde le droit aux paysans de quitter avec des biens l’Obchtchina . Dès lors le paysan riche – le Koulak – passe pour un accapareur de biens publics, une image négative qu’il paiera plus tard. Hors de la communauté le paysan sans terre devient journalier. Il erre de campagne en campagne ou il rejoint les faubourgs surpeuplés des villes.
Depuis 1889, le graphisme des timbres russes n’a pas changé quand il est demandé à Sarrinsch deux nouveaux motifs avec l’aigle à deux têtes, pour renouveler le graphisme des timbres de 1 à 10 Kopecks. Les autres valeurs de la série resteront identiques. Le papier n’est plus vergé. Un treillage losangé de vernis incolore est imprimé sur les timbres pour repérer les timbres lavés sur le courrier. Le vernis rend l’encre d’oblitération indélébile. Les premières valeurs de la série sont mises en vente la 1er janvier 1909. La compagnie R.O.P.iT., émet une série de timbres pour commémorer ses cinquante ans d’existence [1909].

LE TRICENTENAIRE DES ROMANOV

A partir de ce moment, les institutions sont mobilisées par la commémoration du tricentenaire de la dynastie des Romanov. Il est décidé entre autre de l’émission d’une série de timbres. Pour ce faire la Poste fait appel aux plus grands artistes de l’époque – Bilidine, Sarrinsch, Lanceray pour les dessins, Lioundine, Kasidias, Schirndoeck pour la gravure –. Chaque timbre représente le portrait d’un Romanov ou le Kremlin, le Palais d’hiver et la maison Ipatiev des boyards Romanov. Dès le 2 janvier 1913, les dix-sept timbres sont à disposition. Cette fois encore, l’Office d’impression des papiers d’Etat apporte un soin particulier à la fabrication des timbres. La série est techniquement irréprochable. Elle est reconnue comme l’une des plus belles séries réalisées dans le monde. La direction de la Poste donne comme consigne aux guichetiers d’en privilégier la vente. Tirée à treize millions cinq cent mille exemplaires, elle s’accompagne de cartes à 3 et 4 kopecks et d’enveloppes à 7, 10 et 14 kopecks. Les Finlandais rétifs à la commémoration l’ont peu utilisée. Le 9 octobre 1913, le système décimal de poids est introduit en Russie, en conséquence le poids de la lettre simple d’un lot est arrondi à quinze grammes. Les festivités à peine terminées, le jeu des alliances emporte la Russie dans la Première guerre mondiale.

LA RUSSIE DANS LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Si l’armée russe est imposante, elle est encore moins bien préparée que les autres à une guerre longue de tranchées. Son commandement est plus issu d’une position sociale que le produit de la compétence. Les premières semaines, les Allemands déferlent sur la Somme et la Marne, les Alliers poussent les Russes à attaquer en Prusse orientale. Après quelques succès, ils doivent reculer.
Pour ne pas fournir d’indications à l’ennemi, les bureaux de poste des zones déclarées militaires oblitèrent les timbres avec des cachets muets – sans indication de lieu et de date. La censure du courrier est renforcée. Des marques et des étiquettes sont apposées après lecture, sur les plis. Saint-Pétersbourg dont le nom est à consonance par trop germanique, est rebaptisée Petrograd [18 août 1914]. La Poste impériale lance une première série de quatre timbres à surtaxe à la demande de la Société patriotique féminine, pour collecter 1 kopeck par timbre au profit des familles de soldats et flatter le patriotisme russe [novembre 1914]. Le 1 Kopeck représente Ilya Mourometz, le 3 Kopecks le cosaque, le 7 Kopecks la charité et les enfants et le 10 Kopecks Saint Georges terrassant le Dragon.
La guerre se prolonge. L’arrière du front souffre de pénuries. Les pièces d’argent de 10, 15 et 20 Kopecks sont thésaurisées. Les timbres de 10, 15 et 20 kopecks de la série du tricentenaire sont réimprimés sur du carton [1915]. Ils portent au verso l’inscription « A cours au même titre que la monnaie d’argent ». Ils sont sans pouvoir d’affranchissement. Dans la désorganisation générale, ils se sont trouvés oblitérés. Le papier et les encres sont de moins en moins bonnes qualités. Pire, les machines autrichiennes à perforer les dentelures tombent en panne [fin 1916]. Les pièces détachées sont introuvables. Tous ces avatars donnent lieu à des réimpressions de timbres courants qui sont presque de nouvelles émissions. Début 1917, la situation économique est catastrophique. Cette fois, les timbres de 1, 2 et 3 kopecks de la série des Romanov sont réimprimés sur du carton avec au verso la mention « A cours au même titre que la monnaie de cuivre ».



Cet article a été lu 16064 fois, et mis en ligne le 11 février 2009.

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